L’association SLAM doit à son président Bernard Aubert le résumé partiel ci-dessous de l’imposant livre (700p.) » le pays miraculeux » de Baptiste Souverey. (Albin Michel, Sept 2026) Ce résumé porte essentiellement sur la partie du livre consacrée au Moyen-âge.
Merci à lui.

Cet ouvrage de 800 pages offre une réflexion à la fois historique, ethnologique et sociologique de la France, ce pays miraculeux qui fut première puissance européenne pendant plus d’un millénaire. La moité de cet ouvrage est consacrée à la période médiévale, ce creuset fondateur d’une mentalité commune.
S’ils n’avaient pas d’écriture les gaulois n’étaient pas pour autant des primitifs. Ils maîtrisaient l’agriculture et les métaux, étant pionniers dans la technologie du fer, métal plus facile à extraire que l’étain, mais bien plus difficile à travailler que le bronze. Grâce à leurs outils ils excellaient dans le travail du bois, inventant les tonneaux et améliorant les constructions de charriots et bateaux. L’outillage agricole devenu plus performant conduisit à une augmentation des récoltes et, par extension, de la population, donc des échanges commerciaux et de l’essor urbain. Peuple égalitaire et rebelle, leur chef Brennus avait infligé une défaite retentissante aux Romains en occupant Rome. L’habileté militaire et diplomatique de César renversera la situation pour aboutir à une brillante civilisation gallo-romaine. Lui succéderont bien plus tard les principautés françaises du Vermandois, du Hainaut, de Basse-Lotharingie ou encore de Normandie. Les Hauteville normands, inventeurs de la cotte de maille créeront le Royaume de Naples et de Sicile avec ses châteaux à motte.
Le regroupement des principautés françaises autour de l’île de France capétienne interviendra à partir de 1204 lorsque Philippe-Auguste s’empare de Château-Gaillard défendu par Richard Cœur de Lion. Ce verrou du trafic fluvial sur la Seine lui permettra, deux années plus tard, d’annexer la Normandie, pivot de l’Empire Plantagenêt. Louis VIII poursuivra l’extension capétienne de son père en Aquitaine et en Languedoc, suivi par Louis IX qui mettra fin aux prétentions des Plantagenets à la bataille de Taillebourg. Mais au lieu de les accabler il leur proposa une paix généreuse. Pendant la régence, Blanche de Castille conseillée par Philippe Auguste mettra en ordre le Royaume de France pour son jeune fils qui avait eu la chance de connaître son grand-père, ce qui était rare au Moyen Âge. La modération des ambitions capétiennes est d’autant remarquable que sa population regroupait à l’époque 15 à 20 millions d’habitants, alors que l’Angleterre plafonnait à 4 millions.
Dans son ouvrage magistral Pays miraculeux Baptiste Touverey, érige la période Philippe Auguste, Louis VIII, Louis IX, soit au total 143 années de règne, au statut de « très grand siècle», alors que plus tard celui de Louis XIV ne sera étiqueté que de « petit grand siècle ».
Revenons au très grand siècle qui a généré une Pax Francigena. Le climat subit une courte période de réchauffement. Les campagnes engrangent de bonnes récoltes, la population ne connaît pas de famine. Le mariage devenu un sacrement impose la monogamie. La combinaison mariage tardif et célibat de nombreuses cohortes de personnes entrées en religion, aboutit à soustraire de 40% environ la population reproductive. Le mariage tardif permet de plus forts investissements éducatifs et un statut moins inégalitaire pour les femmes. La fleur de lys et la couleur bleue emblème capétien retenu par Louis VII s’étaient inscrits dans une dévotion à la Vierge Marie. L’extraordinaire maîtrise du travail de la pierre conduira à la construction de 130 cathédrales majeures. L’esprit chevaleresque complétera l’ancrage de l’individu dans la société. La cérémonie d’adoubement dans la chevalerie sera le garant du respect des plus forts envers les plus faibles. Elle inspirera toute une littérature valorisant de grandes épopées : Roncevaux la chanson de Rolland. Au total le français va devenir la première langue vernaculaire à concurrencer le latin en France et en Europe. Elle sera imposée par Louis IX, dans les procédures judiciaires.
L’adoubement était le principal évènement de toute existence masculine. Avant de recevoir les armes, les jeunes gens se mettaient nus et lavaient leur corps comme les nouveau-nés ou les défunts. Ils venaient au monde une seconde fois. Le modèle chevaleresque se diffusera jusqu’aux couches basses de la société, contribuant à son harmonie. C’est une affaire d’honneur qu’on doit aux autres et à soi-même. Le vassal combat pour son seigneur et risque la mort moins par obéissance et servilité que parce qu’il en a fait le serment : il doit honorer ce serment. L’esprit chevaleresque ennoblit le statut des femmes. Il a en effet partie liée avec l’amour dit courtois : le chevalier respecte la dame et doit se dépasser pour elle. Il doit la protéger à cause de sa fragilité.
Enfin les Croisades seront l’aboutissement du « chevaleresque », tourné vers de le goût du grand et de l’héroïque. Pour une dizaine de génération, partir combattre à des milliers de kilomètres de chez soi représentera le plus haut accomplissement d’une vie d’homme.
Loin de les réduire au gâchis auquel on a eu trop tendance à les cantonner, les Croisades doivent être considérées comme une sorte de clef de voûte de cette France médiévale, qui permet à tout le reste de tenir debout harmonieusement. Aucune société n’est capable de vivre sans grand idéal. Pour le croisé le départ est l’essentiel, l’arrivée, au fond secondaire. N’importe qui peut se croiser, la croix se dresse comme la certitude du salut commun dans une égale vocation de tous. N’a-t’on pas comparé les rois capétiens médiévaux à des paysans rassembleurs de terres et qui réussirent, à force de ténacité, de prudence, à constituer le Royaume le plus puissant d’Occident ?
Face à la Pax Francigena intervenait dans le même temps la Pax mongolica. Le rouleau compresseur des hordes de Gengis Kahn arrivant jusqu’aux confins de l’Europe avait provoqué plusieurs dizaines de millions de morts, estimées à 20% de la population mondiale de l’époque, avant que cet empire disparaisse aussi vite qu’il était apparu. Patrie de l’art de vivre, de la culture et de la démocratie la France est passée par des miracles qui ont fait l’originalité de son histoire et de son rayonnement.